Passion , ou fêlure
?
Ma passion pour le premier auteur de Science Fiction ,
Herbert Georges Wells (1866 - 1945 ), allait
jusqu'à me faire écumer tous les bouquinistes qui croisaient ma
route , à commencer par ceux de Marseille et d'Aix à la recherche
des éditions originales ; il suffisait que je franchisse le seuil
de la boutique pour qu'aussitôt le bouquiniste m'interpelle en me
disant , "ah justement , j'ai quelque chose pour vous.... " et il
me sortait , pour mon plus grand bonheur un recueil de nouvelles ou
un roman publié dans telle maison d'édition aujourd'hui
disparue...Il suffisait que mes vacances me fasse traverser une
ville pour qu'aussitôt je me mette en chasse pour découvrir au coin
d'une vieille rue LE bouquiniste qui allait couronner de succés mes
vacances avec un livre de Wells que je n'avais pas
encore... Ainsi , sur les 124 romans , nouvelles,contes,opuscules ,
recueils publiés par cet auteur mythique s'il en est, j'en ai lu
70, dont beaucoup inédits en français... Oui , je reconnais , ça
allait loin, et mes amis , au lieu de me freiner , m'aidaient dans
mes recherches...
Ce qu'il a écrit
.
Wells n'a pas seulement écrit de la science-fiction, il a
beaucoup écrit d'essais sociologiques .Socialiste dans l'âme il a
souvent critiqué la société post-victorienne de l'Angleterre, de
1900 à 1945...
L'essai le plus passionnant est celui qu'il a écrit en 2 fois :
"Russsia in the shadows" lors de ses 2 voyages en Russie
soviétique. La 1ère fois il rencontre Lénine à l'automne 1920, dont
il le surnomme "le rêveur du Kremlin " quand celui ci lui expose
ses projets de collectivisation et d'électrification ; puis , en
1934 il rencontre Staline, il le dépeignit comme un homme simple ,
à l'antipode d'un dictateur sournois et sanguinaire.La réédition de
1985 , largement documentée par Michel Niqueux qui a puisé dans
"litératournaïa gazetta" russe des années 1920/1930 une mine
passionnante sur Gorki, décrit la vie - ou survie - des
intellectuels et des scientifiques sous le régime bolchévik. Il
apparait clair que Wells s'était illusionné sur
les intentions des maitres du Kremlin : En 1945 H.G.
Wells publie "à fin de course ", testament désabusé et
désillusionné de celui qui nous a tant fait rêver . Pensez un peu :
"The time Machine" (La machine à explorer le Temps) est publié en
1895, à une époque où la plupart des gens s'éclairaient à la bougie
ou au pétrole.Wells a aussi imaginé la guerre
atomique , l'invisibilité ,les mutations, le voyage à la Lune avec
une machine dégravitationnelle ,l'ordinateur... Dans une nouvelle
de 1921 ( The dream ) il décrit l'ascension d'un dictateur ,
à la tête d'un parti militariste, qui va mettre le monde à feu et à
sang : Soit 3 ans avant Mussolini et 12 ans avant Hitler...
Prémonition ? Prophétie ? Je ne sais pas... Toujours est il que les
publications de Wells ont sacrément boosté mon
imagination et ma passion pour la S.F.
Au cinéma :
Et bien sûr, le cinéma s'est emparé des romans de Wells pour des
films de science-fiction : La guerre des mondes , 2 films.Dont une
adaptation radiophonique dans les années 30 qui a déclenché une
panique monstre aux U.S.A.C'est depuis cette époque que le F.B.I.
contrôle étroitement toute information concernant les
extra-terrestres.
Mais c'est surtout "La machine à explorer le temps " qui , porté
à l'écran , a suscité le plus de rêves : le premier date de 1960,
pour lequel on sent bien l'arrière plan de guerre froide et
d'inquiétude, le second date de 2002, et a été réalisé par
Simon Wells, l'arrière petit fils
de H.G. Wells.
Et surtout le magnifique "C'était demain" :
L'auteur imagine que Wells a non seulement écrit
le roman , mais qu'en plus il a réellement inventé et CONSTRUIT la
machine en 1892. Et Wells se fait voler la machine
par Jack l'Eventreur , qui s'enfuit en 1980.Wells
récupère la machine et poursuit Jack, le rattrape , et celui-ci lui
explique : En 1892 j'étais un monstre , en 1980 je suis un
amateur... Et il lui montre les images des guerres , des camps de
concentration, de la violence urbaine...Wells finit par rencontrer
celle qu'il va épouser, et retourne avec elle en 1892 en concluant
: "tous les siècles se ressemblent , seul l'amour les rend
supportables". Un film passionnant , à la fois science fiction ,
thriller et film de société , plein de gags , dont le rôle
principal est tenu par Malcolm McDowel...
Je ne détaille pas la biographie ni la bibliographie de H.G.
Wells, ça serait trop long . Il existe des sites consacrés à son
oeuvre, et sur wikipedia on trouve aussi pas mal de choses....